Accord pré-électoral : démocratique ?

Un accord pré-électoral public est-il démocratique ?
Le MR le conteste, lui qui pourtant en 1994 avait fait un accord secret pour mettre le plus grande force politique dans l'opposition.
En 6 arguments, Philippe Delvaux motive l'intérêt d'un accord pré-électoral.

En février dernier, les trois sections d’ECOLO, du CDH et du PS annonçaient officiellement la signature d’un accord pré-électoral en vue de reconduire la majorité à Ottignies-Louvain-la- Neuve. L'accord est ici : https://ottignies-louvain-la-neuve.ecolo.be/2018/02/24/accord-preelectoral-de-reconduction-partis-majorite-mandature-2018-2024/

Depuis lors, l’opposition libérale s’est offusquée de cette démarche et, convaincus que l’opinion publique n’aime pas ce qu’elle ressent comme des arrangements entre partis, utilisent cela comme argument de campagne en dénonçant ce qu’ils estiment être un déni de démocratie.

Qu’en est-il ?

1. Un accord pré-électoral public ajoute de la clarté aux enjeux électoraux, il ajoute de la démocratie

C’est pour la première fois lors des élections d’octobre 2000 que nous avons procédé de la sorte, et non seulement nous avons annoncé publiquement cet accord pré-électoral (dans ce cas-là en décembre 1999), mais nous l’avons revendiqué comme un modèle de démocratie locale et une innovation dans le paysage politique belge. Ni plus ni moins !

En fait, ce que l’opinion publique déteste à juste titre, ce sont les accords pré-électoraux secrets qui, en outre, bien souvent, attribuent, avant le scrutin lui-même, les principaux postes à responsabilité (Bourgmetre, échevinats, présidence du CPAS,...).

Il est tout-à-fait clair que nous sommes aux antipodes de ce type d’accord. Le nôtre a été rendu public, comme cela été également le cas en 2006 et en 2012, et nous le répéterons systématiquement jusqu’en octobre 2018. De plus chaque électeur, selon son vote, pourra donner plus de poids à la sensibilité (écologiste, humaniste ou socialiste) qu’il voudra voir jouer un rôle plus important au sein de la majorité qui est proposée. Ce choix est en effet rendu possible puisque nos trois formations politiques se présenteront chacune sur sa liste.

Le poids de chaque formation au sein de la majorité sera reflétée dans la composition du Collège communal et du Conseil Communal.

Au contraire donc des accords que l’opinion publique n’aime pas, le nôtre est transparent et permet à l’électeur de se prononcer en connaissance de cause et de porter sa voix à une liste dont il connaît très clairement les intentions d’alliances.

2. Il vaut mieux un accord pré-électoral public que pas d’accord du tout

Cela étant précisé, on pourrait s’interroger quant à l’opportunité et à l’intérêt sur le plan de la clarté démocratique de conclure un tel accord. Autrement dit, un tel accord apporte-t-il plus ou moins de démocratie ? Incontestablement : il apporte plus de démocratie. Pourquoi ?

S’il n’y a aucun accord pré-électoral que se passe-t-il ? Au soir des élections, les contacts se prennent entre les responsables politiques et une majorité se constitue sur base des résultats qui tombent. Ce processus présente deux inconvénients.

Dans cette situation en effet, une majorité se constitue entre deux ou plusieurs listes qui n’ont pas préparé entre elles de lignes de force programmatiques (dans le cas contraire, c’est qu’il y aurait accord secret). Cela se passe de plus en un moment de grande effervescence qui n’est sûrement pas le plus propice pour jeter des bases stables et réfléchies en vue d’assurer la gestion d’une commune pendant six années. Bref, on est loin de la bonne gouvernance.

Par ailleurs, les électeurs assistent parfois avec un grand étonnement aux alliances qui se dessinent. « J’ai voté pour la liste A, la liste qui m’est le plus éloignée est la liste B, et je découvre que A et B ont décidé de gérer la commune ensemble. Je me sens trahi par A ». Avec un accord pré-électoral transparent, cela n’est pas possible. Les cartes sont sur la table. Les électeurs savent à quoi s’en tenir.

Ces deux inconvénients sont bel et bien résolus par un accord pré-électoral transparent. Les considérations qui précèdent sont celles qui avaient déjà été présentées et développées lors des trois scrutins précédents, de 2000, de 2006 et de 2012.

3. Si on estime que notre bilan est bon, il est normal et souhaitable que nous annoncions notre volonté de poursuivre ensemble

Cette fois-ci, on doit ajouter un nouveau type de considération : les trois formations politiques qui ont assumé la gestion de notre Ville pendant douze ans, estiment avoir fait du bon boulot. Cela conforte l’opportunité de l’annonce publique de notre volonté de poursuivre ensemble.

Si nous ne le faisions pas, c’est que nous estimerions notre bilan à ce point mitigé, que la poursuite de notre alliance ne se justifierait pas.

Et en tout cas, si nous prétendions que notre bilan est bon, mais qu’en même temps, nous niions tout accord pré-électoral entre nous, ce serait paradoxal, et même contradictoire. Cela nous mettrait très logiquement en difficulté.

4. Mais au fond, les libéraux sont-ils bien placés pour s’indigner comme ils le font ?

Un des arguments présentés par le MR pour dénoncer notre accord pré-électoral est qu’il empêche la formation politique qui arrive en première place d’avoir la main pour constituer la majorité. Le MR présente ce cas de figure comme le plus démocratique mais oublie de citer le cas des dernières élections fédérales de mai 2014. Le MR forme une majorité avec la NVA, le CD&V et l’Open VLD alors qu’il n’a pas obtenu la majorité des voix en Wallonie.

De plus, lors du scrutin de 1988, le MR s’était mis d’accord avec le PS pour mettre la liste des Intérêts communaux de Yves du Monceau dans l’opposition. Et c’est ce qui s’est passé, avec la constitution d’une majorité Arc-en-ciel (PS, MR, Vivre Autrement (préfiguration d’Ecolo)). Il n’est sans doute pas inutile de rappeler qu’à l’issue de ces élections, l’opposition sera constituée de la liste des Intérêts communaux qui était arrivée... la première, devant chacune des listes composant la nouvelle majorité.

Mais ce n’est pas tout. Lors des élections de 1994, la listes des Intérêts communaux arrive à nouveau en tête, ce qui n’empêche pas la majorité Arc-en-ciel d’être reconduite, avec à sa tête le premier bourgmestre libéral de la commune fusionnée d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, à savoir Jacques Otlet. Et cela, sans que la liste majoritaire n’ait eu à aucun moment la main pour la négociation.

5. Les citoyens comprennent l’accord

Dès l’annonce publique de l’accord pré- électoral en 2000, certains avaient du mal à comprendre notre démarche, tellement elle était novatrice. Pour ce scrutin, ce sera sûrement plus facile, et cela pour deux raisons : d’une part c’est la quatrième fois qu’on agit de la sorte, et d’autre part on ne fait finalement que dire : « on a bien travaillé ensemble, on vous annonce qu’on compte bien poursuivre, si vous nous en donnez les moyens ».

En tout cas, au terme des élections précédentes, nous avons pu constater que le message était très bien passé, tant auprès de l’électorat qu’auprès des observateurs politiques. Ecolo, CDH et PS ont monté.

6. Pourquoi ne nous présentons-nous pas sur une seule liste ?

Le MR soulève cet argument selon lequel, pour être cohérents, nous devrions nous présenter sur une seule liste. Il estime qu’en nous présentant chacun sur notre liste, on en profitera sur tous les plans et que vraiment « c’est trop injuste » : on aura trois fois plus de temps de parole dans les débats, trois fois plus de budgets, etc. Notre réponse : décidément, ils ne veulent pas comprendre. Nous n’avons jamais dit ni pensé qu’ECOLO, CDH et PS sont semblables et encore moins identiques. Nous voulons pouvoir donner à l’électeur la possibilité de choisir entre des sensibilités différentes. Cela est un élément de la réponse à leur interpellation : nous voulons laisser le choix à l’électeur, et surtout pas nous dissoudre dans une liste commune. Si on faisait comme ils nous le recommandent, c’est alors qu’on priverait les électeurs de la diversité des choix. Bref, avec cette « recommandation », c’est le MR qui veut priver l’électeur de tout choix. De plus, notre décision de nous présenter sur trois listes, cela a aussi un coût. En effet, à pourcentages égaux, si on se présentait sur une même liste, cela rapporterait bien plus d’élus que sur trois listes séparées. (Pour donner une idée, il faut environ deux fois plus de voix pour un premier élu que pour les suivants...)

Cette tribune a été rédigée par Philippe Delvaux et l'engage. La position officielle d'Ecolo est fixée par son programme, et das ce cas par les communiqués sur le site de la locale.